Comment nous avons tué la formation !

Posons tout de suite le sujet : la formation se meurt, et ce, depuis des générations !

Transmettre n’est pas le vrai but de la formation, telle qu’elle existe aujourd’hui. Aujourd’hui, tout comme hier, et encore plus demain, la formation est en train de devenir un bien de consommation comme un autre.

Matrix sort de ma tête

Vous vous rappelez ce moment extra-ordinaire (question de point de vue) où Neo apprend n’importe quel art martial aussi vite que l’éclair ?

Vous vous souvenez comment il y arrive ? C’est un simple téléchargement et installation d’un logiciel de formation.

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Rien qu’imaginez ça, ça fait rêver, vous ne trouvez pas ?! Il suffit de vouloir apprendre quelque chose, et hop, quelques secondes ou minutes plus tard, le tour est joué, on connaît tel art martial, on sait conduire, on …

La formation, ce consommable

Et avec cette croyance, on arrive très rapidement à une dérive : apprendre est un bien consommable comme un autre.

Il suffit de vouloir savoir coder, savoir gérer des équipes et hop, il suffirait de télécharger le savoir acquis par le formateur, par la formatrice.

Arrivent alors des outils comme celui proposé par le gouvernement avec le CPF : on peut choisir sa formation comme on choisit un film sur NetFlix, ou tout autre plateforme de streaming …

La formation comme produit, la formation vue dans un verre d’eau. Nous avons alors deux verres d’eau :

L’équation serait alors simple : verser l’eau du verre plein dans le verre vide …

Vraiment ? Est-ce si simple que ça ? Notre cerveau fonctionne-t-il comme ça ?

De l’expérience, vous avez dit ?

Revenons au film Matrix.

Neo a fini de recevoir le savoir par disquette (tiens, petite disgression, des disquettes … dans le futur … les limites de la SF, non ? :)), et annonce : je connais le Kung Fu.

Et voilà son maître (au sens sensei), Morpheus, qui lui dit : Prouve-le.

Une des scènes les plus mythiques selon moi de Matrix.

On y voit un Neo qui maîtrise pourtant le Kung Fu (enfin, je ne connais pas, mais ça en jette quand même bien), et pourtant, .. il se fait renverser à chaque fois.

Le maître dépasse à chaque fois l’élève …

Que fait le maître ? Il coache son élève, il l’oriente .. tout en le laissant faire ses propres expériences.

Le maître est donc un guide.

Avant de passer à cette notion, revenons sur l’expérience. Neo dit et affirme qu’il connaît le Kung Fu.

Il a bien reçu toute la formation, transmise parfaitement, de Kung Fu.

Du savoir à la compétence

Croyez-vous déjà que la formation, celle transmise par nos professeurs, nos formateurs, formatrices, réussit à tous les coups ?

Croyez-vous que les élèves retiennent à 100% ce qu’ils apprennent ?

Rappelons ici la courbe d’Ebbinghaus :

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ou bien celle-ci qui illustre la même idée avec une hypothétique échelle temporelle précise (à critiquer pour moi) :

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L’idée reste pourtant la même : la durée de rétention d’une information, en moyenne, est courte, si on ne la réactive pas fréquemment.

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L’ingénierie pédagogique y trouve même un rythme (un soit-disant).

Retenons ici, qu’il va être important de ré-amorcer la pompe d’apprentissage très fréquemment, et surtout de plusieurs façons :

Tout en gardant le principe de continuité.

Or, en formation, nous avons combien de temps pour transmettre ce que l’on a dans le contrat ? en moyenne de 2 à 5 jours … tout au plus !

La formation professionnelle aujourd’hui suit la courbe d’oubli

Et que se passe-t-il à la fin de la formation ?

A la fin de la formation, c’est sûr et certain, les apprenants, apprenantes, vont continuer à travailler pour arriver à perfectionner ce qu’ils ont acquis.

Ils vont avoir du temps pour soit le mettre en pratique directement dans un vrai cas d’entreprise, soit avoir du temps pour tester leurs acquis dans des projets sans exigence forte.

Du grand n’importe quoi !

Oui, pardon, pardon, ça faisait du bien de rêver un peu, non ?

En fait, ce n’est quasiment jamais le cas ! La plupart du temps on tombe dans un des cas suivants :

N’y a-t-il pas un autre moyen pour avancer ?

Du formateur Matrix download à l’accompagnateur, au coach

Aujourd’hui, je lis beaucoup d’astuces (plus ou moins efficaces, certaines, très efficaces) pour améliorer l’attention en session de formation.

Toutes les semaines je découvre de nouveaux outils (Open serious game, serious game, réalité virtuelle, brises glaces, jeux de thiagi, kahoot, …) pour capter l’attention, pour faire mieux notre job de pichet d’eau (oui, rappelez vous l’image que j’ai utilisée tout à l’heure ;))

Mais rien de garantit l’après ! Rien ne garantit notre engagement premier dans la formation : former c’est permettre l’acquisition d’un savoir, certes, d’un savoir-faire, et donc oui d’une compétence !

Stoppons cette idée que chaque formation est une disquette qui n’attend plus que le formateur, la formatrice télécharge (via les meilleurs outils) dans chaque apprenant-e.

Accompagner, coacher, transmettre

Pour réussir à acquérir une compétence, il est important de savoir appliquer un savoir dans différents domaines. (Ce qui nous permettra alors de contrôler si le savoir et la compétence sont acquis.)

Il est donc important d’acquérir de l’expérience ! Cette expérience peut se faire seule, elle peut également se faire en étant accompagné-e.

Et c’est ici qu’on retrouve tout l’intérêt du rôle de Morpheus, dans Matrix, pour Neo.

Neo connaissait le Kung Fu, Neo l’avait appris, mais il n’avait pas fait ses propres expériences.

C’est tout le paradoxe de la formation !

Arrêtons alors de chercher uniquement à maximiser notre peu de temps disponible durant chaque formation !

Plus qu’une formation court terme, un accompagnement long terme

La formation est en fin de vie. Enfin la formation telle que nous la connaissons actuellement.

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A l’heure du tout numérique, du tout gratuit (ou pas), la formation est disponible partout, tout le temps.

Tout le monde devrait alors être bon, n’est-ce pas ? On pourrait alors se passer de formateur, de formatrice non ?

Non ?! Mais alors quelles sont ses valeurs ajoutées ?

  1. Il-elle a normalement de l’expérience
  2. Il-elle a acquis cette expérience et a envie de la transmettre
  3. Cette expérience, c’est une liste d’erreurs et de réussites qu’il-elle a enregistrées
  4. Il-elle va savoir guider du point initial vers le point d’acquisition

Ok, et avec tous les formateurs et formatrices disponibles, tout le monde devrait être bon aujourd’hui, non ?

Non ?! Mais alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Changeons de position : devenons des guides

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Vous l’aurez compris, je pense que nous devons revoir complètement notre vision de la formation.

Et ce changement passera par un changement de position de celui, de celle qui transmet l’information, le savoir :

Devenons des guides, des sensei. Avec humilité, sans volonté d’être toujours sur le devant de la scène.

Or, l’expérience est déjà présente en entreprise … Mais, nous en reparlons dans un prochain épisode .. 🙂

Un client arrive, il vous demande un produit, et l’attend pour dans 2 mois. Pour ce produit : il veut 50 fonctionnalités. Et il les veut toutes ! Toutes ? Un village de fonctionnalités résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Découvrons ensemble comment apprendre à combattre l’envahisseur JeVeuxToutToutDeSuite, grâce à un jeu agile (Serious Game)

Le client est Roi, vraiment ?

Quand on commence à créer un produit, on cherche à satisfaire un client, qui a souvent la posture du Roi, de la Reine.

On commence à s’armer contre lui, et, pourtant, on lui laisse la porte ouverte à ce qu’il-elle demande : à savoir tout. Et en plus, quel toupet, il-elle veut tout, tout de suite.

Se remettre en question : changer de positionnement

Alors, oui, c’est sûr, quand on demande au client-à la cliente, ces fonctionnalités, vous les voulez pour quand ?

Il-elle vous répondra : tout de suite (quand votre client-e est sympa), il-elle vous dira aussi : hier (quand il-elle est honnête)

Une question biaisée

En fait, ce n’est pas une bonne question : on induit automatiquement par cette question : quand veux-tu, ô mon-ma client-e, que je te livre tout le produit-que-tu-souhaites-depuis-tellement-longtemps.

Il devient alors évident que le client ne voudra se séparer d’aucune fonctionnalité de son produit.

Comment alors réussir à se sortir de ce piège, tendu par le client (et contre lui-même), et à l’équipe ?

Tout est une question de priorité

Au lieu de lui parler du produit final, posons-lui des questions sur ses priorités.

La vision Priorité – L’équipe aussi

Le client conquis par cette vision de la création de produit, reste à convaincre l’équipe, et surtout, reste à savoir comment le faire bien.

Il paraît bien simple de connaître les priorités, il devient plus dur, une fois sur le terrain de l’appliquer, réellement.

C’est ici qu’intervient notre jeu : AgiPuzz.

Avec quoi : avec un puzzle, où il y a des personnages. Prenez par exemple un puzzle où est charlie.

Règles du jeu

La partie se joue par équipe de 3 à 5.
(note: il existe une variante avec 10 à 20 joueurs, où l’on cherche à montrer les difficultés de travailler ensemble).

Chaque équipe s’affronte, le but étant de faire le plus de points.

Comment gagne-t-on des points ?
Pour gagner des points, il suffit de finir un bonhomme.
Par finir, on entend fini : pas un bout qui manque, pas bras qui n’est pas présent.

En fait, c’est l’animateur qui définit ce qu’il entend par fini.
(on travaille ainsi la notion de fini, donc d’attendu, donc de tests d’acceptation).


La partie se joue en 6 itérations (round) de 2 minutes chacune:

Puis, on ajoute une nouvelle règle au jeu : on ne peut gagner des points que si l’ensemble des bonhommes appartiennent à un même bloc de puzzle.
Exit, donc, les bouts de puzzles éparpillés partout : il va falloir prioriser, donc choisir.

On finit donc par trois itérations, avec cette nouvelle règle.

NOTE: avant chaque itération, on demande, au doigt levé, (en moins de 10 secondes) pour chaque équipe, combien elle estime faire de bonhommes finis pour la prochaine itération.

NOTE: à chaque fin d’itération, on débrief : nombre de points gagnés réels, par rapport à l’estimé.

Il existe une variante, où trouver charlie fait gagner 3 points au lieu de 1 😉

Photo by Ryoji Iwata on Unsplash

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